Le guide de l’enseignement – 7 : L’école : combien ça coûte ?

 

L’enseignement est gratuit, c’est un droit, c’est un acquis dans le processus de démocratisation et personne actuellement ne s’y oppose. En 2010-2011, le coût moyen à charge de la FWB par an et par élève était de 3 093 euros pour un élève du maternel et de 4 093 euros pour un élève de l’école primaire (1). Toutefois, s’il est vrai qu’une grande partie du système scolaire est financée et donc ne pèse pas sur le portefeuille des familles, il existe tout de même des frais. D’ailleurs le gouvernement accorde depuis quelques années une allocation de rentrée, qui varie à peu près de 27 à 110 euros selon l’âge de l’enfant (dans des tranches correspondant aux niveaux scolaires). Mais cette somme correspond-t-elle aux dépenses des parents ?

Si contrairement à l’enseignement supérieur, il n’existe pas de minerval pour l’enseignement fondamental, certains frais seront occasionnés, et permis par la loi, au cours de l’année : les droits d’accès et frais de déplacement à la piscine, aux activités culturelles et sportives s’inscrivant dans le projet pédagogique ou le projet d’établissement.

Afin de connaître plus précisément l’impact de cette disposition sur les familles, la ligue des familles réalise annuellement une étude, sur le sujet du coût scolaire à charge des familles (2). Les résultats qui en ressortent permettent de quantifier et de qualifier les dépenses d’un ménage pour un élève.

Cette référence est, disponible à l’adresse suivante, https://www.citoyenparent.be/Public/combats/PressRelease.php?ID=438174&parentID=34021

Le Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommateurs (CRIOC) effectue également chaque année une étude sur cette consommation scolaire (3). Pour la consulter voici l’URL http://www.crioc.be/files/fr/6083fr.pdf

Ces deux références sont les principales utilisées pour cette partie.

Quelles sont les sources des coûts ?

  • Le matériel individuel nécessaire au travail d’élève : les crayons, les marqueurs, les ciseaux, le stylo-bille, la latte, l’équerre, le compas, les cahiers, l’équipement sportif, la documentation, les ouvrages de référence (dictionnaire, atlas…), l’abonnement à une revue éducative adaptée…
  • Les infrastructures et le matériel communs nécessaires au travail d’élève : le matériel multimédias, la location de salle d’éducation physique, de piscine, la peinture, les supports d’expression artistique…
  • Les documents fournis par l’école : le journal de classe, les photocopies, les manuels… (Ces trois exemples sont actuellement entièrement financés par l’école qui ne peut donc réclamer d’argent pour cela aux parents.)
  • Les sorties : excursion d’un jour, cinéma, théâtre, musée …
  • Les frais administratifs : assurance, frais d’association de parents, frais de fonctionnement de l’école…
  • Les événements ponctuels de bienfaisance : tombola pour association caritative, vente de bonbons pour la recherche contre une maladie…
  • Les activités festives : barbecue de fin d’année, souper de l’école, accueil de Noël, fêtes des parents…

Une partie de ces frais sont payés par les subventions de l’école, d’autres sont parfois financés par l’association de parents, mais il demeure une partie non négligeable à charge des familles. La lecture de ces différents postes montre également que les dépenses ne se font pas qu’en début d’année, mais qu’elles sont parfois présentes jusqu’au dernier jour de celle-ci.

Quelle somme cela représente-t-il ?

Selon l’étude de 2012 de la ligue des familles, un ménage dépense en moyenne 183 euros pour un enfant en maternelle et 364 euros pour un enfant en primaire. Ces chiffres sont bien une moyenne sur la base des déclarations de parents. Ce n’est ni une norme ni un seuil fixé ou qu’il faudrait suivre.

L’étude du CRIOC donne des chiffres supérieurs puisque, uniquement pour les coûts de la rentrée, ce sont pour le maternel et le primaire respectivement 286 euros et 313 euros qui sont dépensés annuellement. Rappelons que selon les parents interrogés par la ligue des familles, ces coûts de rentrée représentent seulement 40 % d’une année entière.

L’étude du CRIOC ventile ces dépenses selon différents postes.

tableau72Tableau : Répartition des frais scolaires moyens par niveau de scolarité (CRIOC 2011)

La différence entre les deux études est notamment due aux méthodologies d’enquête. Dans les deux cas, nous utilisons ces données pour rendre compte d’un ordre de grandeur des dépenses, déclarées par des parents. Cela donne donc une idée plus précise au jeune parent.

Contrairement à l’habillement, qui peut être un investissement autre que scolaire (ce n’est pas un uniforme), d’autres dépenses absentes de ce tableau, peuvent être comptabilisées autour de la scolarité : les frais de garderie, de trajet, de cantine, de soutien scolaire,… peuvent, selon la ligue des familles en 2011 (4), faire monter la facture annuelle à plus de 1000 euros par an pour un élève en maternelle, plus de 2000 en primaire.

Souvent prélevées par petites doses, ces pilules ainsi mises en lumière peuvent pousser à mieux réfléchir les dépenses scolaires.

Nous l’avons vu, les écoles sont assez différentes. Les frais le sont aussi. Selon la ligue de familles (2012), certaines différences apparaissent montrant, sur base des listes de fournitures demandées par l’école, des frais jusqu’à 6 fois supérieurs d’une école à l’autre. Le ministère de l’éducation, plusieurs fois interpellé, devrait d’ailleurs mettre en place dans les mois à venir (c’est pour l’instant en projet) un plan gratuité pour tenter de diminuer ces différences, et améliorer la gratuité effective de la scolarité.

Le CRIOC (2011) met lui en évidence que d’un magasin à l’autre, les fournitures peuvent être 8 fois plus chères. Ainsi, si l’école influe sur ces dépenses, les familles peuvent aussi agir.

La part de responsabilité des familles

Le constat du CRIOC est sans appel, les choix des familles peuvent aussi influer sur la note finale.

Si bien sûr certains articles sont plus chers étant donné leur meilleure qualité, bien des prix sont dus à l’aspect de l’article et en particulier au fait qu’il fasse référence à un héros de dessins animés, de bande dessinée, d’un film récent, à un sportif, une quelconque célébrité ou encore s’il est issu d’une grande marque.

L’avis des petits consommateurs

Certains emballages sont ainsi plus alléchants et visent plus les enfants que les parents. Si ce sont bien ces derniers qui paient, les enfants ont très souvent leur mot à dire dans ces achats. Pour preuve on peut lire dans le rapport du CRIOC, que dès l’âge de 10 ans, plus de 40% des élèves influencent directement les achats du ménage. On peut penser que concernant les achats « scolaires » qui les touchent donc directement, cette proportion va en augmentant.

 

1. ETNIC (2012) Les indicateurs de l’enseignement 2012. Fédération Wallonie-Bruxelles : AGERS. Cette somme ne prend pas en compte l’enseignement spécialisé pour lequel les sommes sont plus élevées.
2. CHABERT, D. LEMAIRE, P. & VERBAUWHEDE (2012) Le coût de la scolarité, une enquête, une campagne, une proposition de la ligue des familles. Bruxelles : Ligue des familles.
3. CRIOC, Tendances en matière de matériel scolaire, 2011.
4. CHABERT, D. & FRANCOIS, C. (2011) Coût de la scolarité 2011 une enquête de la ligue des familles. Bruxelles : Ligue des familles.

Je fais les courses avec mon enfant et il veut choisir ses fournitures. Comment réagir ?

Si l’avis des enfants est important, peut-être ne faut-il pas s’arrêter à leur demande. Ce serait sans doute une erreur de répondre « oui » sans réfléchir et d’augmenter sensiblement le budget alloué, sur l’impulsion du désir du moment de l’enfant. Ne pas l’écouter serait tout aussi préjudiciable et il se peut même que les articles non souhaités aient rapidement un « accident » à l’école et doivent être, obligatoirement, remplacés. À l’inverse, posséder un article qui sort de son ordinaire sera une motivation pour l’enfant de conserver cet article « au-dessus du lot » en bon état.

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En bref, ignorer totalement ses envies ou s’y plier sans concession sont deux actes manqués. Rebondir sur ses envies avec des arguments de consommateur avisé est une excellente occasion de dialoguer avec votre enfant et de l’aider à développer une consommation intelligente et pas uniquement dirigée par le marketing.

Que faut-il acheter ?

À chaque rentrée cette question se pose. Le matériel est différent selon l’âge et l’école de l’enfant, et c’est donc à celle-ci qu’il est préférable de faire cette demande.
Les écoles anticipent souvent cette demande. Ainsi selon les études huit familles sur dix reçoivent une liste de matériel à acheter et la plus grande partie d’entre elles suivent cette liste. L’impact des professionnels sur ces achats est donc important. Notons que ces listes sont le reflet d’un travail de préparation sérieuse de la part de l’équipe éducative.

Que faut-il payer en plus ?

Comme nous l’avons vu plus haut, d’autres coûts interviennent en cours d’année, avec des sommes plus ou moins importantes : les excursions et autres sorties, l’abonnement à un hebdomadaire, les tombolas… Certains budgets familiaux sont un peu étriqués pour pouvoir répondre à ces exigences, c’est pourquoi dans le chef des écoles elles sont parfois facultatives.

Ainsi, selon le décret « missions », article 100, les frais qui peuvent être perçus dans l’enseignement fondamental sont les droits d’accès et les déplacements liés à la piscine et aux activités culturelles et sportives s’inscrivant dans le projet pédagogique ou dans le projet d’établissement. Ce sont les seuls frais que les parents doivent obligatoirement payer.

Les achats groupés, les activités autres et les abonnements à des revues doivent être réclamés par l’école à coût réel et être liés au projet pédagogique. Ces frais sont facultatifs, ce qui signifie que les parents ne sont pas obligés de les payer. Toutefois puisqu’ils sont liés au projet pédagogique et proposés à coût réel ils ne le sont pas pour faire du bénéfice, mais évidemment dans un but éducatif. Ils sont pensés à cette fin et une estimation doit être portée par écrit à la connaissance des parents de l’élève en début d’année. En pratique ce n’est pas toujours le cas, d’autres frais arrivent aussi en cours d’année, sans explications et comme la plupart des parents payent, il est difficile de marginaliser son enfant en refusant le payement. Malgré tout, cela reste un droit et il peut être appliqué.

Et si un parent ne paie pas ces frais facultatifs ?

Tout d’abord, le non-paiement ne peut être un motif d’expulsion ou un refus d’inscription. Par contre il est possible que votre enfant ne bénéficie pas exactement des mêmes conditions (par exemple il ne possédera pas la revue sur laquelle les autres élèves passent deux heures par semaine). Cela sera aussi rapidement une source de questionnement pour les autres élèves de la classe. Comment réagira votre enfant ? Dans ce cas, c’est à chaque famille de voir comment les enfants assument les décisions des parents. Soulignons que s’il est certain que les sommes avancées sont importantes pour certains ménages et parfois problématiques, elles demeurent largement moins élevées qu’un budget vacances ou que l’ajout de certaines options sur une voiture. Ainsi ces frais « facultatifs » sont peut-être bien plus essentiels que d’autres dans un budget familial.

Et si l’école demande beaucoup trop d’argent ?

Idéalement, les écoles doivent présenter en début d’année une estimation budgétaire ventilée selon les catégories de frais. Lors de la réalisation de ce budget, qui devrait être présent dans le projet d’établissement, le conseil de participation, s’il existe dans l’école, au sein duquel certains parents sont présents, donne son aval ou s’y oppose.

Ceci est une sécurité qui s’ajoute au professionnalisme des équipes éducatives en général et des directions en particulier.

Si malgré cela, il s’avère qu’un pouvoir organisateur a perçu des droits supérieurs à ce qui est décrit ci-dessus, le ministère a prévu cette éventualité. Il peut faire rembourser ces frais, voire diminuer ou suspendre complètement les subventions à l’établissement. Ces sanctions, très lourdes, sont dissuasives pour le pouvoir organisateur mauvais comptable, s’il en existe.

Si vous désirez agir autrement, la ligue des familles, qui se positionne très clairement contre ces frais, fait des propositions auxquelles vous pouvez adhérer. Pour en savoir plus, consultez www.citoyenparent.be

 

J’ai quelques problèmes de budget, que puis-je faire ?

Si l’on peut accepter de n’acheter qu’un seul ticket à 2,5 euros pour la tombola, comment refuser un abonnement à son enfant alors que l’instituteur va s’en servir toutes les semaines avec les autres élèves ? Comment tolérer que son enfant soit le seul à ne pas aller visiter le musée alors que l’organisation de cette visite a été travaillée en classe pour développer des compétences en français et en mathématiques, et que les prochaines heures d’éveil s’y rapporteront ?... Ces coûts sont parfois de grosses surprises pour les parents et ceux-ci peuvent avoir des difficultés de payement. Si vous êtes dans le cas, certaines écoles ont un budget prévu pour les familles en difficulté, ou une aide du comité de soutien par exemple. Il est aussi possible dans certains cas d’échelonner les versements sur plusieurs mois. N’hésitez pas à en parler avec la direction, l’instituteur de votre enfant ou encore un représentant de parents. Parler des problèmes d’argent n’est pas toujours facile, choisissez donc l’interlocuteur avec lequel vous avez le plus d’affinités.

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Comment dépenser moins ?

  • Listez ce qui est nécessaire. Les écoles fournissent souvent une liste d’articles nécessaires pour la rentrée. Ne vous fiez donc pas spécialement à votre expérience, privilégiez la demande réfléchie et exprimée par les enseignants. Si cette liste n’existe pas, exprimez-en la demande et ce sera peut-être le déclencheur pour en créer une.
  • Faites l’inventaire de ce que vous possédez déjà. L’aîné n’utilise plus cette farde en bon état, cette latte mesure aussi bien pour la troisième année que pour la quatrième, les crayons offerts à l’anniversaire n’ont presque pas servi, il vous reste un plumier non utilisé acheté l’année précédente… Vous éviterez de remplir des tiroirs et armoires de matériel qui ne sera jamais utilisé ou de vous en débarrasser alors qu’il est encore tout à fait satisfaisant. Et surtout vous ferez des économies.
  • N’attendez pas les derniers jours pour aller faire les achats. Vous risqueriez d’être limité dans le choix, d’être obligé de prendre le cartable cher ou peu adapté, qui devra être rapidement remplacé. Vous aurez plus de facilités, hors de la cohue, pour faire essayer ce cartable à votre enfant et vérifier qu’il convient à sa morphologie.
  • Jetez un oeil sur les publicités. Comme nous l’avons fait remarquer plus haut, les prix d’un même article varient d’un magasin à l’autre et d’une marque à l’autre. Pouvoir fin juillet, début août comparer les catalogues des magasins permettra de choisir où aller faire vos emplettes, surtout si vous en achetez un stock important, pour une famille nombreuse ou pour plusieurs.
  • Ne pas vous braquer sur les prix les plus bas. Si certains articles « premiers prix » sont de très bonne qualité, le rapport qualité/prix est plus important que leur coût seul. Il est ainsi plus intéressant d’acheter une latte en bois ou en métal qui pourra être utilisée durant deux ou trois ans qu’une autre en plastique mou qui sera déformée après quelques mois, donc inutilisable.
  • Observez les comparaisons réalisées par les associations de consommateurs.
  • Ne cédez pas aux impulsions de vos enfants ou aux influences du marketing. Les articles directement visibles, les mieux placés donc, comme ce plumier à l’effigie d’un club de football ne sont pas nécessairement le meilleur choix. Jetez un oeil sur les autres articles, plus haut, plus bas, ceux moins griffés, et profitez-en pour faire découvrir d’autres fournitures à vos enfants. Cela ne signifie pas que vous devez tout lui refuser, mais que selon le budget possible, vous aurez des arguments à avancer pour prendre la décision. Expliquez-lui ce que l’on pourra faire avec l’argent économisé par exemple. Si lui permettre toutes les marques et envies témoignées n’est pas un service à lui rendre, l’empêcher de
    posséder tous les articles qui lui plaisent parce qu’ils sont « marqués » ou à l’effigie d’une star relève tout autant d’une forme d’intégrisme.
  • Aidez vos enfants à conserver leur matériel en bon état. Il arrive chaque jour qu’un élève casse sa gomme ou plie un bord de sa farde. N’en faites pas une maladie, les accidents arrivent. Mais vous pouvez insister sur le fait que les fournitures sont utiles en bon état, que l’on ne joue pas avec sa latte au risque de la casser, voire de blesser l’autre « joueur ». Si vous démontrez l’importance accordée à l’état du matériel, en le vérifiant de temps en temps par exemple, l’enfant sera plus enclin à y faire attention.