– « Penelope, si tu ne t’appliques pas, tu vas avoir zéro ! 

– C’est quoi ‘zéro’, maman ? 

– Ça veut dire que tu vas rater ta causerie. 

– (Étonnée) Mais j’ai déjà réussi, puisque je travaille et que j’ai appris des choses ! »

C’était en janvier 2016, ma fille avait 7 ans et elle était en 2e primaire. Ce jour-là, j’ai mesuré la chance qu’ont mes trois enfants (11, 9 et 3 ans) d’être scolarisés dans une école à pédagogie active.

Ici, pas d’interros, pas de points, pas de compétition entre les élèves. Au contraire, de la coopération. Et dans « coopération », il y a « ensemble ». Et ensemble, on va plus loin, c’est bien connu. Moins vite que si on était seul, mais on s’en fiche. Car dans l’école de mes enfants, le but n’est pas de « gagner », mais de cheminer, de progresser main dans la main. Quand certains enfants ont plus de mal à suivre le rythme, les autres ralentissent quelques instants, prennent le temps de leur expliquer avec leurs propres mots, ils sont fiers d’aider leurs petits copains, d’autant qu’il leur arrive aussi d’être « celui qui n’a pas bien compris et qui aimerait qu’on lui réexplique ». Pour l’enseignant, c’est très intéressant de constater comment les élèves transmettent les enseignements qu’il vient de leur donner. C’est la preuve qu’ils ont effectivement compris.

Dans une école à pédagogie active, jusqu’en 3e ou 4e primaire, les journées commencent par la découverte des « surprises ». Une surprise, c’est un objet apporté par l’enfant, caché dans un sac en tissu, et qui va passer de mains en mains pour deviner ce qu’il contient. On le pèse, on le parcourt avec les doigts, on évalue sa taille, on pose des questions à celui qui l’a apporté, jusqu’à trouver l’objet-mystère. Au départ de cette surprise, les enseignants vont pouvoir « donner cours » sans en avoir l’air. Quant aux élèves, ils vont faire des maths, de la géo, de l’histoire, du français, de l’art etc., sans s’en rendre compte. Et le résultat est magique : comme ils auront pu expérimenter les choses, ils les retiendront facilement ! Pas besoin de cahiers théoriques ou de longs discours, l’info est enregistrée dans leur cerveau. Côté prof, que du bonheur : s’il est bien conscient de la matière à enseigner et des compétences que sa classe devra avoir acquises à la fin de l’année, il ignore en revanche quel chemin concret il empruntera pour le faire. Car tout dépendra des surprises apportées, puis exploitées au maximum. Résultat : chaque année est différente, tout bénef’ pour garder sa motivation et son enthousiasme intacts, comme au premier jour.

Quelques exemples concrets :

Première semaine d’école, une petite fille apporte en surprise ses bottes de pluie. Les enfants triturent le sac, pèsent, mesurent, tatillonnent et devinent ! L’institutrice en profite pour parler des chaussures (vocabulaire), les différents styles (géographie), tiens comment fait-on ses lacets ? (psychomotricité fine), par combien de petits trous passent-ils (maths), et si on dessinait ses chaussures ? (art), quelles sont les pointures de la classe (grandeurs), etc. Mais ce n’est pas tout ! Comme il pleut beaucoup, les parents reçoivent un avis dans le cartable : « Zoé nous a apporté ses bottes en caoutchouc, alors nous avons décidé d’aller sauter dans toutes les flaques qu’on croiserait en balade ce jeudi. Chers parents, merci d’habiller vos enfants en fonction : imperméable, bottes, chapeau… » Et c’est ainsi qu’en 2e maternelle, on expérimente la loi de la pression : si on saute très fort dans une flaque, les gouttes d’eau sont expulsées bien loin, tandis que si on avance le pied lentement, quasi rien ne se passe…

Un autre jour dans une classe de primaire, une drôle de surprise : c’est gros mais léger, ça a l’air solide mais on sent que c’est fragile… On donne notre langue au chat. C’était un panier de Gilles ! Alors l’instituteur le remplit d’oranges : combien on peut en mettre ? et si j’en ajoute deux ou que j’en retire trois, ça donne quoi ? Pourquoi cette forme-là ? Ça vient d’où, les gilles ? et leur costume ? ce sont des plumes de quel oiseau ? Et si on allait visiter le musée du gilles à Binche ? Et on en profitera pour aller voir le beffroi et la collégiale Sainte-Ursmer…

Des citoyens qui avanceront ensemble, qui seront ouverts, tolérants, curieux, débrouillards, et qui oseront s’exprimer. Je ne dis pas que les autres écoles n’ont pas le même objectif. Je dis juste que la pédagogie active, elle, y parvient.

Vous avez compris l’idée ? Alors certes, à partir de la 4e ou de la 5e selon les écoles, il n’y a plus de « surprises », mais les cours n’en restent pas moins pratiques, basés sur des expériences. La classe est plus un atelier ou un labo qu’un local de cours, et elle s’étend souvent dans la nature, la cuisine, la rue, les magasins, les musées, dans tous les domaines de la société. Avec pour but, bien sûr, de leur apporter les connaissances et compétences pour réussir le CEB, mais surtout et avant tout, pour en faire des citoyens de demain.

Des citoyens qui avanceront ensemble, qui seront ouverts, tolérants, curieux, débrouillards, et qui oseront s’exprimer.

Je ne dis pas que les autres écoles n’ont pas le même objectif.

Je dis juste que la pédagogie active, elle, y parvient.   

 

Stéphanie Ciardiello