Un ami imaginaire, un problème imaginaire ?

Un ami imaginaire, problème imaginaire ?

Mon enfant a un ami imaginaire et parle tout seul. Dois-je m’inquiéter ?

La réponse est NON ! La phase de l’ami imaginaire est une phase essentielle et fondatrice du développement de nos têtes blondes. Elle témoigne même d’un esprit particulièrement créatif !

Pourquoi un ami imaginaire ? Que faire ? Comment réagir ? Un petit point s’impose.

Pourquoi un ami imaginaire ?

Entre 3 et 5 ans, nombre d’enfants se découvrent un ami fictif, tout droit sorti de leur univers imaginaire. Si les aînés et les enfants uniques semblent être les plus concernés par ce type d’amitié, il s’agit là d’un phénomène tout à fait courant qui touche environ un enfant sur quatre.

Ce petit copain peut prendre diverses formes – un enfant invisible, une peluche, une poupée… – et sert d’interlocuteur privilégié à votre petit bout. En réalité, l’ami imaginaire remplit plusieurs rôles fondamentaux.

1. Il stimule considérablement l’esprit créatif.

Tout d’abord, l’élaboration d’un complice fictif stimule considérablement l’esprit créatif des jeunes enfants. Seul, l’enfant recourt spontanément à un mécanisme de « défense » face à cette solitude. Aucun compagnon de jeu sous la main ? Qu’à cela ne tienne ! L’enfant le construit de toute pièce et partage ainsi avec lui les différents épisodes de sa vie.

2. C'est un véritable allié

Très vite, cet ami imaginaire devient un véritable allié pour votre progéniture.

3. Il prépare à la vie en société.

D’une part, il lui permet d’accepter une réalité parfois difficile à gérer. Jusque-là habitué à ce que l’on accède à la plupart de ses désirs, l’enfant découvre, en grandissant, une réalité différente, qu’il peine à appréhender car celle-ci n’est pas toujours à son goût. Certains enfants se construisent donc un ami qui correspond parfaitement à leurs attentes, auquel ils peuvent se raccrocher pour éviter, ou du moins atténuer, une situation qui ne leur plaît pas. Expérimenter ce « nouveau quotidien » avec l’ami imaginaire, s’entraîner avec lui permet à l’enfant de se préparer aux vraies relations qu’il va nouer et de mieux mettre en pratique ses habiletés sociales.

4. Il rassure.

D’autre part, l’ami imaginaire représente souvent une présence rassurante, qui aide l’enfant à gérer une situation stressante, inhabituelle, bouleversante. L’arrivée d’un petit frère une d’une petite sœur, la séparation des parents, la perte d’un grand-parent… sont autant d’éléments qui peuvent s’avérer difficiles à surmonter pour un jeune enfant. La présence de cet être familier, adapté à sa conception du monde et qui se comporte comme l’attend l’enfant constitue dès lors pour lui un point d’accroche essentiel pour qu’il avance le plus sereinement possible.

L’ami imaginaire, un moyen de communication

Plus important encore, l’ami imaginaire aide considérablement l’enfant à développer sa personnalité. À travers son copain invisible, l’enfant met son identité à l’épreuve de façon créative en se glissant à sa guise dans la peau de différentes personnes et en adoptant des perspectives variées. Il expérimente ainsi diverses attitudes, diverses émotions (parfois « interdites », comme la haine, l’égoïsme…) et peut prendre conscience de qui il est, de ce qu’il aime être.

L’ami imaginaire permet enfin à l’enfant de s’exprimer et de livrer plus aisément ce qu’il a sur le cœur. Des phrases telles que « Monsieur Nounours n’aime pas quand maman se met en colère » ne sont pas rares et traduisent simplement ce que l’enfant souhaite extérioriser.

Ce copain sert dès lors d’exutoire, auquel l’enfant peut s’en prendre lorsqu’il est en colère par exemple. C’est d’ailleurs pour cette raison que beaucoup d’enfants ayant un ami imaginaire, avec qui ils discutent, s’expriment si clairement.

Comment réagir ?

Surtout, ne pas s’inquiéter.

Tout d’abord, parce que ce compagnon fictif est bel et bien le fruit d’une imagination débordante, ce qui ne constitue en rien un problème. Au contraire !

La plupart des enfants sont conscients que cet ami n’existe pas réellement. Néanmoins, certains très jeunes enfants y croient dur comme fer et parlent ouvertement de cet ami, avec conviction. L’enfant n’est dès lors pas en train de mentir et la punition de s’avère pas être la solution idéale.

Ensuite, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’établissement d’une telle relation fictive ne conduit pas à l’isolement de l’enfant. Au contraire, comme nous l’expliquions plus haut, l’ami imaginaire aide nos têtes blondes à remédier à la solitude, et non l’inverse.

Comment se comporter ?

En tant que parent, cette situation peut se révéler très déstabilisante. Il ne faut pas empêcher ni culpabiliser l’enfant, certes. Mais alors, comment réagir ?

Ne cherchez pas à vous interposer brutalement entre votre petit et son compagnon ou à lui faire comprendre que ce dernier n’existe pas. Expliquez-lui plutôt que vous ne le voyez pas et encouragez-le à vous parler de lui. De cette façon, vous pourriez apprendre beaucoup de choses à propos des ressentis et du jardin secret de votre petit bout. Soyez donc à l’écoute !

Si votre enfant se sert de son ami imaginaire pour couvrir et justifier ses bêtises, ce qui arrive souvent, expliquez-lui qu’il doit aider son copain à réparer les dégâts. Cela pourrait tout de suite décourager l’ami en question de réitérer l’expérience…

Ne laissez tout de même pas trop de place à cet ami. N’hésitez pas à faire parler votre tout-petit de son comparse mais ne lui accordez néanmoins pas trop d’importance. Lui attribuer une place à table, lui servir un repas ou en parler vous-même, même lorsque votre bambin n’en fait pas mention, pourrait créer une confusion entre imaginaire et réel.

À partir de quand dois-je m’inquiéter ?

L’ami imaginaire disparaît en général vers l’âge de 7 ans. Il n’est cependant pas nécessaire de s’inquiéter s’il impose sa présence un peu plus longtemps.

Si votre petit privilégie son ami imaginaire aux contacts réels, cela peut s’avérer révélateur d’un problème, d’une angoisse ou d’une timidité excessive. Il a donc peut-être besoin d’un petit coup de pouce et d’une attention toute particulière.