Le cyberharcèlement chez les enfants : comment le détecter et comment agir ?

Le cyberharcèlement chez les enfants : comment le détecter et comment agir ?

Avec un accès de plus en plus précoce aux tablettes, ordinateurs et smartphones, nos enfants découvrent un univers fascinant d’informations, de vidéos, de jeux et de communications sur les réseaux sociaux… mais ils s’exposent aussi à certains dangers ou certaines pratiques, auxquels ils ne sont pas forcément préparés, par manque d’expérience et d’éducation au web.

Des experts nous expliquent ce qu’est le cyberharcèlement et comment identifier chez notre enfant les caractéristiques propres aux victimes ou aux bourreaux.

Le cyberharcèlement en chiffres.

Selon une étude réalisée par l’UNESCO, la proportion d’enfants et d’adolescents âgés de 9 à 16 ans ayant été exposés au cyberharcèlement est passée de 8 à 12 % entre 2010 et 2014.

Selon l’enquête menée par Child Focus et publiée dans le Vif en 2014, 1 jeune belge sur 3 a déjà été victime de cyberharcèlement, 1 sur 5 reconnait avoir été cyberharceleur, et 76 % des 12-18 ans se disent avoir été témoins d’une situation de cyberharcèlement sans y être impliqués activement

Ces chiffres alarmants posent questions et méritent qu’on y réfléchisse non seulement pour protéger des personnalités vulnérables, mais aussi pour éduquer les jeunes sur ces nouveaux modes de communications pas écrans interposés. 

Quelle est la différence entre cyberharcèlement et harcèlement ?

Le Psychologue Michele Facci, coauteur du livre Cyberharcèlement nous explique la différence entre harcèlement et cyberharcèlement, un problème de société bien actuel qui se cesse d’enfler avec l’avènement des réseaux sociaux.

Ils ont certaines caractéristiques en commun : il s’agit d’une série d’actions répétées dans le temps, menées contre une victime bien précise, explique l’expert.

Il ne s’agit donc pas d’un épisode isolé, mais d’une habitude qui mine, jour après jour, la confiance en soi et le sentiment de sécurité de la victime.

La différence entre ces deux concepts est le lieu [où la persécution se produit]. Les harceleurs agissent dans le monde réel alors que les cyberharceleurs agissent en ligne.

Cette différence est loin d’être anodine : Même si elle souffre, la victime de harcèlement, une fois rentrée à la maison, se sent protégée. Les victimes de cyberharcèlement ne se sentent jamais en sécurité, parce que l’on peut toujours les atteindre par mail ou par téléphone.

Le cyberharcèlement est donc plus omniprésent, avec pour facteur aggravant, le caractère anonyme de ces attaques numériques. La victime ignore donc qui est son tortionnaire, ce qui fait qu’elle se sent encore plus seule et désespérée.

Pourquoi cette cyberviolence ?

Le trop-plein d’agressivité ou de colère qu’une personne n’ose exprimer de vive voix, il peut maintenant l’exprimer via d’autres canaux, largement disponibles sur le web. Caché derrière son écran et désinhibé par la technologie, le cyberharceleur agit contre ses victimes, avec le sentiment d’être inatteignable et omnipotent. De sa chambre, il peut atteindre qui il veut où qu’elle soit et à n’importe quel moment. La situation est d’autant plus perverse si le harceleur agit de manière anonyme ou pas usurpation d’identité. Le cyberharceleur est ainsi empreint d’un sentiment d’impunité. 

Cette désinhibition malfaisante reflète aussi un problème d’éducation aux règles de savoirs vive sur le web, et à l’instar du monde réel, il existe aussi des lois qui protègent les gens du cyberharcèlement.

Les filles, victimes numéro 1 du cyberharcèlement.

Selon Catherine Blaya, Professeure de sciences de l’éducation et présidente de l’Observatoire international de la Violence à l’École, souligne que les filles seraient plus visées que les garçons, plus particulièrement pour ce qui relève des insultes et des agressions sexuelles. L’usage des réseaux sociaux est incriminé dans la hausse du taux de cybervictimes. En effet, ces derniers sont les vecteurs de l’agressivité pour les filles, qui n’hésitent pas à proférer insultes ou critiques désobligeantes. Mais si ce schéma de communication est caractéristique des filles, les garçons sont aussi ciblés.  

Un exemple de cyberharcèlement

Un exemple classique de cyberharcèlement se passe entre de jeunes couples. Une fille et un garçon sortent ensemble pendant un certain temps, et s’échangent des images érotiques. Lorsque leur relation prend fin, l’un ou l’autre fait du chantage à son ancien partenaire en le menaçant de mettre la photo en ligne. Dans ce cas, il est encore plus difficile de demander de l’aide de ses parents.

Les conséquences du cyberharcèlement

De par son omniprésence, le cyberharcèlement a aussi plus d’impact, mais pas uniquement du point de vue psychologique. Il y a aussi des conséquences légales graves à prendre en compte. Même s’il n’y a pas encore de loi sur le cyberharcèlement, si l’on y recourt, on commet une série de délits, précise l’expert. Si j’insulte la professeure dans le couloir, il se peut qu’il ne m’arrive rien, si je le fais en ligne, il s’agit de diffamation. Souvent, quand les cyberharceleurs risquent d’être accusés de ces délits : harcèlement, stalking, violation de la vie privée et du droit d’auteur, parce qu’il a peut-être utilisé une image sans avoir eu l’accord de celui qui y est représenté. Dans les cas les plus graves, où l’on publie des photos érotiques de mineurs, on parle aussi de détention de matériel pédopornographique, ce qui peut aussi avoir des répercussions pénales. Et s’il est vrai que jusqu’à 14 ans les mineurs ne doivent pas répondre pénalement pour les délits commis, leur famille en répond civilement.

Éviter le cyberharcèlement

Pour éviter de tels comportements et enseigner à ses enfants à se défendre, il convient d’aborder le sujet le plus tôt possible.

  1. Être présents

L’éducation à la technologie doit être entreprise dès que l’on met entre les mains de nos enfants une télécommande. Il faut éduquer les enfants à la technologie, en leur mettant des règles et en étant présents, en leur faisant comprendre qu’il y a des côtés positifs, mais aussi des côtés négatifs. Si je veux laisser mon enfant de trois ans se servir d’une application, je peux le faire, mais seulement si c’est moi qui l’aie choisie et si je reste avec lui lorsqu’il l’utilise.

  1. Avoir de bons rapports avec ses enfants

Une autre forme de prévention est la qualité des rapports enfants-parents : S’il comprend que nous sommes là, qu’il peut nous parler, parce que nous nous intéressons à lui et pas seulement à ses notes, alors il nous parlera de ses difficultés et de ses problèmes.

  1. Parler du cyberharcèlement

Enfin, il est très important d’expliquer que le cyberharcèlement existe et d’expliquer comment il fonctionne et comment se défendre. Je conseille de le faire dès les 7-8 ans, car c’est l’âge auquel les enfants commencent à se servir d’un ordinateur. Il faut leur faire comprendre qu’il y a beaucoup de belles choses sur internet, mais il y a aussi de mauvaises choses : de la même manière que nous leur apprenons à ne pas prendre un bonbon qu’un inconnu nous offre, nous devrions leur apprendre à ne pas parler aux inconnus sur internet.

Les symptômes du cyberharcèlement

Mais comment reconnaître si notre enfant est une victime ? Normalement, les enfants entrent dans une phase anxieuse dépressive, ils ne veulent plus aller à l’école et souvent se plaigne d’avoir mal à la tête ou au ventre par exemple. Ce changement est souvent subi et n’a pas d’autres explications : tout d’un coup l’enfant parle moins, est déprimé, triste. Ce sont des signaux qui doivent alerter les parents. Ils doivent s’interroger sur l’origine du problème pour éviter qu’il ne se sente seul et que, désespéré, il ne commette de gestes extrêmes.

Comment intervenir, conseils pratiques 

Pour affronter la situation, la première chose à faire est d’écouter l’enfant sans préjugé, sans crier et en éviter de le gronder. Une fois qu’on a compris ce qui se passe, il faut le rassurer : on peut l’aider en lui faisant comprendre qu’il n’est pas seul.

Après, il faut intervenir : s’il s’agit de comportements graves, qui représentent un délit (comme par exemple des images pédopornographique), il faut avertir les forces de l’ordre pour éviter d’être complice du crime, précise Michele Facci. 

S’il s’agit d’une situation moins grave, il faut rassurer la victime, puis prévenir l’école. Si quelques jours plus tard, rien n’a changé, il faut emmener l’enfant consulter un psychologue pour que celui-ci puisse l’aider, et prévenir des conséquences graves.

Que faut-il faire si l’on suspecte notre enfant d’être un cyberharceleur

Dans ce cas, le juger et le gronder, surtout au début, n’est pas très utile. Il faut d’abord mieux comprendre quelle est la raison qui pousse l’enfant à se comporter de cette façon, puis lui faire comprendre que c’est mal. Il est important d’aller à la racine du problème et de lui demander aussi s’il est conscient du mal qu’il fait. La plupart du temps, ces jeunes ne se rendent pas compte de la souffrance qu’ils causent à leurs victimes. C’est le début de la phase de récupération au cours de laquelle l’enfant passe du sentiment de culpabilité à l’empathie. Ici aussi, si ces étapes ne s’avèrent pas suffisantes, l’intervention de la justice ou d’un thérapeute est fondamentale.

Child Focus diffuse de nombreuses informations de prévention sur son portail pour un usage sûr et responsable d’Internet par les enfants et les adolescents !