Croire en soi est un gage de réussite

Croire en soi est un gage de réussite

Nul ne peut douter qu’il est plus facile d’aborder la vie et ses épreuves avec un surplus de confiance en soi qu’un déficit. Et pour cause, se sentir compétent influence significativement la réussite scolaire ; c’est la conclusion de la nouvelle étude menée par l’UQAM.

Dans le contexte scolaire, on retrouve différentes catégories d’enfants. Ceux pour qui apprendre est facile, ils connaissent leur potentialité et réussissent bien à l’école. Il y a ceux pour qui l’apprentissage est plus difficile. Ils sont conscients qu’ils doivent fournir plus d’efforts afin de surmonter leurs difficultés. Et puis entre les deux, il y a ces enfants au potentiel élevé, mais qui ne croient pas en eux. La Professeure du Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, Thérèse Bouffard, qualifie cela d’illusion d’incompétence

Un cas de figure qui s’oppose à une autre catégorie d’enfants qui s’estiment meilleurs que ce que ne révèlent les tests d’habilités mentales, mais qui à potentiel égal, réussissent mieux en mathématiques et en français.

Quotient intellectuel et sentiments de compétences

La motivation scolaire, bien plus que le quotient intellectuel, est le facteur central de la réussite scolaire. Cette motivation est elle-même largement influencée par le sentiment de compétence, un jugement subjectif qui peut se distancer des capacités réelles des élèves, mais qui prédit aussi le mieux le fonctionnement et le rendement de ces deniers.

L’étude de la chercheuse repose sur un échantillon de 1000 élèves du secondaire qu’elle a suivi durant 5 ans. Les résultats de cette étude sont saisissants, ceux qui surévaluent leurs compétences réussissent mieux leurs études que les autres.

Le poids des fausses croyances sur la motivation de nos enfants

Consécutivement à son passage télévisé durant lequel elle partage le fait que les enfants qui se surévaluent le plus performent le mieux en classe, Thérèse Buffard reçoit plusieurs courriers de parents outragés par ses propos, déplorant qu’on encourage les enfants à se trouver bons.

Un sondage effectué dans la foulée auprès des parents et enseignants de son échantillon et qui consistait à leur demander s’il était préférable de sous-évaluer ou de surévaluer les capacités de son enfant dans l’intérêt de sa scolarité s’est révélé particulièrement percutant ! 50 % des sondés (parents et enseignants) clament qu’il est préférable de sous-évaluer ses compétences pour le devenir scolaire d’un enfant. Une attitude qui a de quoi perturber et d’autant plus fort que la littérature scientifique indique exactement le contraire, précise l’auteure.

Afin de démontrer ses affirmations, elle a analysé de nouveau son échantillon en mettant côte à côte les mesures d’habiletés mentales, le sentiment de compétence et les résultats scolaires des enfants dans les matières principales, à savoir en français et en mathématiques.

Il ressort de cette étude qu’en primaire, ce sont les habiletés mentales qui prédisent un peu mieux le rendement scolaire que le sentiment de compétence, révèle-t-elle. Vers la fin du primaire, les deux indicateurs sont au coude-à-coude. À partir de la première année du secondaire, la mesure de perception de compétence prédit trois fois mieux le rendement scolaire que celle des habiletés mentales et c’est ainsi pour tout le secondaire.

Bien comprendre l’impact du sentiment de compétence sur la réussite scolaire est donc essentiel, car elle conditionnera la motivation de l’enfant à fournir l’effort requis pour faire ses devoirs ou étudier ses leçons. Il arrive dans la vie de chaque enfant un moment où il vit un échec scolaire. Les enfants qui ont une mauvaise perception de leur compétence se décourageront, alors que les autres se retrousseront les manches, explique la chercheuse.

L’illusion d’incompétence

L’illusion d’incompétence se définit comme une sous-évaluation des compétences réelles. L’existence de ce concept fut démontrée par Deborah Phillips, aujourd’hui professeure à l’Université Georgetown, à Washington. Thérèse Bouffard a confirmé l’existence du phénomène en menant une étude sur 1000 élèves du primaire au Québec, au début des années 2000.

En évaluant le sentiment de compétence de chaque enfant ainsi que leur potentiel intellectuel établi sur base de tests standardisés, elle constate que plus le potentiel intellectuel de l’enfant est élevé, plus on s’attendrait à ce qu’il ait une perception de compétence positive, renforcée par de bons résultats scolaires. Eh bien, ce n’est pas toujours le cas ! 

Ce phénomène serait légèrement plus rependu chez les garçons que chez les filles et concernerait environ 20 % des petits Québécois.

La Professeure et son équipe distinguent 3 groupes d’enfants :

  1. Les réalistes: des enfants qui se conforment au modèle attendu et dont la perception de compétence concorde avec leur potentiel intellectuel.
  2. Les pessimistes: sont les enfants qui vivent une illusion d’incompétence et qui sous-performent, comme l’avait noté Deborah Philips. On constate même souvent une dégradation de leur sentiment de compétence au fil des ans, ce qui a des répercussions catastrophiques sur leur cheminement scolaire, précise Thérèse Bouffard.
  3. Les optimistes: Les enfants en illusion de compétence, qui se surévaluent et réussissent mieux que les autres.

L’influence parentale à ne pas négliger !

Parallèlement à l’étude ci-dessus, une deuxième étude fut menée sur un échantillon de 700 élèves avec l’objectif avoué de cerner l’influence parentale sur le sentiment de compétence. Cette étude de 9 ans menée par la Dre. Arielle Bonneville-Roussy et publiée dans Journal of School Psychology examine deux dimensions : le sentiment de compétence personnel des parents et le type d’éducation parental.

Tout n’est pas noir et blanc en matière de style d’éducation parental, mais certains sont plus autoritaires, tandis que d’autres favorisent davantage le dialogue, précise la chercheuse.

Il ressort de cette étude que les enfants dont les parents ont un sentiment d’efficacité personnel élevé ont plus de chance de se retrouver sur la trajectoire des élèves optimistes par rapport à leurs capacités d’apprentissage. De même, les enfants de parents dont le sentiment d’efficacité parental est faible ont une probabilité plus élevée d’appartenir au groupe des pessimistes.

Pour ce qui relève du mode éducatif, il semblerait que l’autoritarisme n’ait pas de conséquences directes sur le sentiment de compétence. De même, les enfants issus de parents qui favorisent le dialogue seraient sur une trajectoire plus favorable en termes de sentiment de compétence, mais cela ne se marque pas de manière aussi significative.

L’équipe de Thérèse Bouffard s’est même penchée sur le sentiment de compétence ressenti par les parents lorsqu’ils avaient l’âge de leur enfant. Nous avons observé une corrélation positive entre ce que les parents rapportent se souvenir de leur compétence lorsqu’ils étaient écoliers et ce que rapporte leur enfant aujourd’hui. C’est une espèce de transmission intergénérationnelle de la compétence !

La pression parentale, un modus vivendi ?

Comment agir au mieux avec nos enfants pour qu’ils atteignent les objectifs de réussite, personnels ou de l’établissement ? Sommes-nous en droit de faire preuve d’exigence et d’imposer nos propres critères de performances ? La pression ressentie est-elle bénéfique ou bien est-elle contreproductive ?

Présentement, Thérèse Bouffard et son équipe évaluent le rôle de la pression parentale dans le sentiment de compétence des enfants. De manière intéressante, les parents qui valorisent la performance et qui ont des attentes élevées à l’égard de leur enfant n’ont pas nécessairement un impact négatif sur celui-ci, précise-t-elle. En réalité, l’impact serait même positif sur le sentiment de compétence, car l’enfant interprèterait cela comme un signe d’encouragement.

Là où ça pose problème, explique la professeure, c’est lorsque l’enfant estime que le soutien émotionnel de ses parents, leur amour pour lui, dépend de sa capacité à atteindre les objectifs de performance. Tant qu’il sait qu’il est aimé quoiqu’il advienne, la pression ne semble pas être un problème.

Bien sûr, il n’y a pas que les parents qui influencent le sentiment de compétence de leurs enfants. Le caractère de chaque enfant joue un rôle, ainsi que toutes les autres interactions significatives dans sa vie, notamment avec ses enseignants, conclut la professeure.