Apprendre les bonnes manières aux enfants

Apprendre les bonnes manières à ses enfants, est-ce vieillot ?

Elles peuvent paraître vieillottes ou dépassées, voire ringardes, pourtant les bonnes manières font partie du quotidien, participent au savoir-vivre et aux bonnes relations entre les personnes, tant en famille qu’entre amis, à l’école ou au travail.

C’est donc un mal nécessaire que d’inculquer à nos enfants les règles de savoir-vivre de notre société pour que celles-ci deviennent une bonne habitude, et non une corvée.

C'est quoi les bonnes manières ?

Les bonnes manières sont cet ensemble d’attitudes, de gestes, de comportements ou d’expressions verbales qui sont considérées comme conformes au savoir-vivre. S’il est vrai que ces règles peuvent paraître contraignantes pour l’enfant, il est hautement important de bien lui expliquer qu’elles ne sont pas uniquement là parce que c’est comme ça, mais parce qu’elles ont une utilité.

En effet, la cohérence des mots et des actions sont essentielles à l’apprentissage et à leur encrage. Les parents doivent donc expliquer aussi aux enfants leur réelle utilité et en quoi celles-ci peuvent être bénéfiques pour eux.

Par exemple, l’enfant se moque d’être bien ou mal élevé lorsqu’il met ses doigts dans son nez. Le message à lui faire passer est que son geste va dégoûter son entourage.

De mon temps, les jeunes étaient mieux éduqués !

Cette rengaine, nous l’avons rabâché des dizaines de fois, voire plus, aux termes d’épisodes éducatifs, pour ne pas dire de confrontations, tels qu’on dit bonjour à la Dame, retire tes coudes de la table, on ne coupe pas la parole aux gens.

Le motif de ce déclin supposé ? Certains prétendront qu’il provient de mauvais exemples émanant de parents démissionnaires, des médias, des séries, des réseaux sociaux ou encore de l’école devenue trop laxiste après mai 1968. Mais selon Christine Brunet, psychologue-psychothérapeute française :

« Certains parents, désireux de laisser faire l’enfant pour qu’il puisse s’épanouir, ont confondu autorité et autoritarisme […] Mais je ne suis pas sûre que les petites filles et petits garçons soient moins bien élevés maintenant qu’il y a cinquante ans. Les repères de l’éducation ont simplement évolué. « 

Pour aller plus loin, l’écrivaine et chroniqueuse Sylviane Roche voit de manière très positive l’évolution des mœurs qui permet à l’enfant d’exister dans la société. À l’époque, on attendait d’un enfant qu’il soit propret et qu’il se taise. Autrement dit, il était inexistant aux yeux de la société. Aujourd’hui, on le laisse s’exprimer et on l’écoute.

« On est heureusement passé de l’oppression à l’ouverture des mentalités. Et on n’est pas moins poli aujourd’hui qu’hier. « 

De même, l’émergence des forums et réseaux sociaux offre une tribune d’expression aux adolescents. Vulgarités et injures sous couvert de pseudonymes sont monnaie courante, mais elles ne rendraient pas non plus les individus plus mal élevés, toujours selon Sylviane Roche.

« Si un couple s’embrasse dans une voiture, cela ne veut pas dire que l’automobile rend les gens amoureux. La modernité a toujours servi d’alibi aux grossiers et aux crétins qui donnent libre cours à leur mauvaise éducation. »

En revanche, la psychanalyste française Claude Halmos considère que les incivilités sont bien plus répandues aujourd’hui qu’autrefois et n’hésite pas à incriminer les méthodes éducatives des post-soixante-huitards.

« Mai 1968 a certes apporté de nombreux changements positifs, mais la crise qui l’a suivi a conduit à une dérive qui fait croire que l’autorité est répressive. C’est faux ! C’est de l’éducation. »

Pourquoi inculquer les bonnes manières à ses enfants ?

Revenons à l’essentiel, pourquoi inculquer les bonnes manières à nos enfants ?

Apprendre les bases du savoir-vivre contribue à leur socialisation et à leur bonne intégration au sein d’un groupe d’autres enfants. Elles sont garantes d’une perte d’individualisme et de la création des liens sociaux.

Selon Christine Brunet, inculquer les bonnes manières, c’est permettre à ses enfants d’aller vers l’autre tout en étant à l’aise et de se sentir compétents en la matière.

« Cela crée une connivence, engendre la sympathie, la bienveillance. Il ne s’agit pas de formater ses enfants, mais de faciliter leur communication avec autrui, de leur apprendre à vivre en citoyen. »

Deux types de politesse à enseigner.

Sylviane Roche définit deux formes de politesses à enseigner à nos enfants.

  • Celle des égards, la plus fondamentale, qui consiste à pouvoir reconnaître l’humanité des autres.
  • Celle des règles d’étiquette, plus compliquée, mais aussi plus superficielle, qui sert en quelque sorte à se protéger contre l’exclusion d’un groupe. Par exemple, les règles de bienséance à table.

Ces savoir-être sont essentiels à une vie épanouie en société et leurs instructions sont à la portée de tous les enfants. Ces apprentissages les amènent aussi à repenser la société, ce qui les place dans un rôle d’acteur.

Est-ce que les bonnes manières s’adaptent à la société moderne ?

Il est évident que les préoccupations et les activités évoluent avec le temps. Le meilleur exemple est la sensibilisation à l’écologie et au respect de son environnement. L’écologie est apparue comme une nouvelle forme de civilité et les enfants y sont fortement sensibilisés. Ils participent d’ailleurs avec beaucoup d’enthousiasmes aux manifestations organisées par les écoles comme le grand ménage de printemps aménagé dans le cadre de l’action Pour une Wallonie plus propre.

La société invente de nouvelles règles

France Frascarolo-Moutinot, docteur en psychologie et spécialiste de l’interaction familiale, explique que certaines règles de savoir-vivre sont obsolètes et que des actions, perçues autrefois comme le summum de l’impolitesse, étaient maintenant acceptés. Par exemple, ne plus céder sa place à une personne âgée dans le bus ou poser ses pieds sur la banquette serait accepté selon elle. Il en va de même des rituels de salutations des ados qui se tapent le poing ou se serrent la main. C’est une autre forme de politesse. 

Pratiquement, comment inculquer les bonnes manières et à quel âge ?

Normalement, vers 5 ans, votre enfant gère bien les règles de politesse de base que vous lui avez enseignées à la maison. Par exemple, dire bonjour, merci, s’il vous plait, au revoir ou ne pas parler la bouche pleine sont autant d’éléments de politesses qui doivent être acquis, dans le cadre restreint de la famille.

Cependant, 5 ans est aussi l’âge idéal pour acquérir de nouvelles règles de politesse, qui lui permettront de vivre et de s’inscrire dans la société, car c’est l’âge à partir duquel l’enfant est moins centré sur lui-même.

Évidemment, pour que cela fonctionne, il faut que les règles soient appliquées par tous, de la même façon. Si cela peut être facile à la maison, ça l’est beaucoup moins en collectivité, où tout le monde n’aura pas les mêmes valeurs que vous. Il est alors important d’expliquer cela à votre enfant, pour qu’il ne ressente pas une certaine injustice ou une forme de mépris pour quelqu’un qui n’aurait pas été élevé de la même manière que lui.

Par exemple, si au cours d’un repas, quelqu’un commence à manger alors que tout le monde n’est pas servi, alors que lui a toujours été habitué à attendre, félicitez-le et expliquez-lui que certaines personnes n’ont pas la même éducation, que si vous lui avez appris à attendre, c’est parce que c’est plus agréable de manger ensemble.

S’il s’agit de quelque chose de plus grave (un manque de respect, une insulte…), n’hésitez pas à intervenir, pour que votre enfant comprenne que les règles s’appliquent à tout le monde et que vous n’êtes pas uniquement sur son dos.

Un enfant reste un enfant

Attention cependant à ne pas sombrer dans l’excès : même s’il est agréable de s’entendre dire que son enfant est bien élevé, donner trop de consignes en même temps à un enfant peut le braquer, voire le stresser.
Essayez plutôt de lui montrer l’exemple de manière concrète, selon le contexte, plutôt que de lui dresser une liste des choses à faire et à ne pas faire. De même, expliquez-lui la raison de cette consigne, sinon elle lui paraîtra absconse.

Par exemple : tu ne peux pas marcher dans l’herbe non pas parce que je l’ai décidé, mais parce qu’elle est mouillée et que tu vas abimer tes nouvelles chaussures ou tout simplement parce qu’une règle du propriétaire de cette pelouse l’interdit, il faut respecter son choix, tout comme tu voudrais que l’on respecte les tiens.

Gardez à l’idée qu’un enfant reste un enfant et qu’il n’est pas nécessaire de lui interdire des choses pour qu’il ait l’air bien élevé. Cela peut-être mal vu par certains, de l’extérieur, que votre enfant saute à pieds joints dans une flaque de boue, mais s’il a des bottes et ne risque donc pas d’attraper un rhume en gardant les pieds mouillés toute la journée, pourquoi ne pas le laisser s’amuser ? 

Faut-il se montrer sévère en cas d’impolitesse ?

Difficile de savoir ce qu’il faut faire si on s’en refaire à l’avis contradictoire des différents psychologues qui s’expriment sur la toile.

Les parents n’ont pas démissionné, ils sont perdus. Et l’école ne prend pas le relais,  explique Claude Halmos.

La psychanalyste explique aussi que si l’enfant enfreint les règles, celui-ci doit être sanctionné, car c’est ce qui valide l’interdit. On le prépare à une vie sociale. Un adulte qui brûle un feu rouge recevra une amende.

Ne pas les forcer !

Certains enfants refusent de faire un bisou pour dire bonjour ou au revoir. Essayez de ne pas insister ni de le forcer à faire la bise. Certains gestes ou certaines pratiques revêtent un caractère privé ou intime que le contact physique renforce. Insister dans ces domaines spécifiques serait contreproductifs et pourrait engendrer des crises ou attitudes de rejets. En effet, certains enfants ont plus de difficultés à s’extraire de leur bulle ou développent une perception négative vis-à-vis de certains interlocuteurs. Il est préférable alors de laisser chacun évoluer à son rythme et de proposer une alternative. Proposez-lui plutôt de faire un signe de la main et, au fur et à mesure, à force de voir tout le monde se donner la bise, il le fera naturellement, quand il sera prêt.