Le guide de l’enseignement – 3 : L’école et la loi

Qu'en disent les textes légaux ?

 

L’école : la Loi

 

Pourquoi les enfants fréquentent-ils l’école ?

Au-delà de l’habitude généralisée de la fréquentation scolaire, la scolarité est un devoir, une obligation légale pour les parents.
Notons que c’est la scolarité qui est obligatoire et pas le fait de fréquenter l’école. Ainsi certaines familles « font l’école » à la maison, et les enfants, afin d’obtenir leurs certificats et diplômes, sont évalués devant un jury de la Communauté française, plus connu sous le nom de « jury central ».
Toutefois cette faible proportion de parents (quelques centaines d’enfants sont concernés) se situent en dehors de l’école et ne sont donc pas visés par le propos de cet ouvrage.
Le contenu de ce livre se centre sur la fréquentation scolaire.

En effet la loi belge datant du 29 juin 1983 annonce que :

«Le mineur est soumis à l’obligation scolaire pendant une période de douze années commençant à l’année scolaire qui prend cours dans l’année où il atteint l’âge de six ans et se terminant à la fin de l’année scolaire, dans l’année au cours de laquelle il atteint l’âge de dix-huit ans. »

En somme, et mises à part les familles qui organisent la scolarité en dehors de l’école, la fréquentation scolaire est obligatoire dès que l’enfant a 6 ans ou en d’autres termes il entrera à l’école au mois de septembre de l’année civile durant laquelle il aura 6 ans.

Par exemple :

Un enfant né le 3 janvier 2011, un autre né le 24 juillet et un troisième né le 18 décembre 2011, tous trois seront obligés d’aller à l’école dès la rentrée 2017-2018.

Mais à quel âge entre-t-on réellement à l’école ?

Il est exact que l’obligation scolaire prend cours à partir de 6 ans, et de l’entrée à l’école primaire, mais beaucoup d’enfants vont déjà à l’école bien avant. L’école maternelle débute en effet à 2 ans et demi.

Ainsi les enfants peuvent être scolarisés 3 ans avant d’entrer dans l’enseignement primaire. Selon les chiffres de la FWB (2), en 2010-2011, presque 100% des enfants de 3 ans sont inscrits à l’école. L’importance de cet enseignement est primordiale, et la volonté d’abaisser d’un an l’âge du début de la scolarité obligatoire est une idée qui revient fréquemment dans les discours politiques et scientifiques. Nous y reviendrons plus loin.

Et à quel âge peut-on quitter l’école ?

Selon la loi énoncée ci-dessus, c’est à la fin de l’année scolaire durant laquelle l’étudiant a atteint ses 18 ans. Cela correspond théoriquement à la fin d’une sixième secondaire.
Dans les faits, certains sortent à plus de 18 ans, car ils ont doublé une année ou plusieurs, ou parce qu’ils sont dans une filière qui exige plus de 12 années d’études (la 7e professionnelle), ou parce qu’ils entreprennent des études supérieures.

Notons encore que dès l’âge de 15 ans (et en ayant suivi de manière régulière une deuxième année secondaire), la fréquentation scolaire peut être diminuée en temps passé à l’école via l’orientation en CEFA (centre d’éducation et de formation en alternance). Dans ce système, les élèves passent plus de temps sur un lieu de travail, toujours en formation, que dans l’école.

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Textes légaux :

 

L’école fondamentale : son organisation

École maternelle, école primaire, école secondaire, école fondamentale… quelle est la structure de l’école ?

Les derniers ajustements du système éducatif donnent une organisation qui se décrit avec des noms différents. En voici une présentation qui regroupe la plupart des distinctions rencontrées.

Tableau31Les âges indiqués sont les âges théoriques d’entrée dans les années, étapes ou cycles. Si le découpage en années est assez facilement identifiable parce que nous les avons souvent vécues comme telles, il nous semble nécessaire de définir ce que sont les étapes et les cycles.

Qu’est-ce que cette histoire d’étapes et de cycles ?

L’étape est une unité de temps plus longue que l’année. Elle est composée de 4 ou 5 ans. Durant cette étape l’enfant ne peut doubler qu’une seule fois. Les compétences à développer ne sont donc plus consignées dans un programme à l’année, mais dans un document classant celles qu’il faut atteindre au bout de l’étape. La décision de faire doubler un enfant ne tombe plus chaque année, mais plutôt en fin de deuxième primaire et en fin de sixième. En pratique les décisions se prennent aussi parfois en fin de 1re année ou de 3e par exemple selon les évaluations de l’enseignant.

Cela permet au minimum de respecter le rythme de développement de l’enfant et aussi aux enseignants de prendre plus de temps pour anticiper et remédier aux difficultés de ceux-ci, au lieu d’être obligés chaque année de recourir au doublement à cause d’une faiblesse dans une matière.

Cette prise en compte du rythme de développement de l’enfant a pour but de réduire l’échec scolaire.

Et le cycle alors ?

Ces étapes sont composées, à l’école fondamentale, de deux cycles.

Le cycle est un ensemble d’années au sein duquel l’enfant est suivi de manière concertée par plusieurs enseignants. La caractéristique centrale est donc la concertation, le travail d’équipe des enseignants afin d’offrir le meilleur suivi aux élèves.

Ils sont identifiés par leur ordre (du 1er au 4e) ou selon l’âge d’entrée et de sortie des élèves dans ce cycle. Ainsi pour le 2e cycle, qui reprend la 3e maternelle, la 1re primaire et la 2e primaire, on parlera généralement du « cycle 5-8 », puisque l’âge théorique des enfants de ce cycle va de 5 à 8 ans.

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L’école fondamentale : ses utilités

Quelles sont les missions de l’école ?

Bien plus que le fait d’être une simple obligation, l’école fondamentale, c’est-à-dire celle qui regroupe les années du maternel et du primaire, revêt un caractère essentiel dans le développement de l’enfant et de la société. Au fil de l’évolution de cette dernière, les missions de l’école se sont modifiées et elles ont récemment été mises sur papier de manière décrétale pour TOUTES les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique dans l’enseignement fondamental, sans aucune exception de réseau ou de population d’une école, mises à part des écoles privées non reconnues par la FWB, elles ont toutes les mêmes ambitions.

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Comme nous pouvons le lire ces missions sont ambitieuses et axées sur le développement de citoyens responsables, heureux, confiants et capables de se former tout au long de la vie dans une société démocratique et égalitaire.

Toutes les écoles fondamentales actuelles et celles qui seraient créées dans un avenir proche, tant que ces missions seront d’actualité, devront avoir, chacune et toutes, ces missions comme objectifs.

Toutefois ces missions se déclinent différemment selon le niveau, qu’il soit maternel, primaire ou secondaire.

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Tableau 2 : Missions respectives de l’école maternelle et de l’école primaire

En comparant ces blocs de missions, on comprend que ces deux phases de la scolarité visent des objectifs primordiaux, différents et complémentaires.

Les pages qui suivent vont décrire en action ces missions.

Le chapitre suivant sera consacré à la comparaison entre la vie à l’école maternelle et à l’école primaire, leur évolution historique et l’évolution des dynamiques au sein de l’école primaire.

Des missions à l’action : l’utilité de l’école maternelle

L’école maternelle met en place les conditions nécessaires à la vie à plusieurs, en socialisant, et vise à permettre à tous les enfants de se connaître mieux et de prendre confiance en eux.

Les équipes éducatives sont aussi très observatrices pour notamment déceler les handicaps de certains afin d’aménager leur scolarité.

D’autres apprentissages sont encore réalisés sur plusieurs plans.

Le psychomoteur

Différents gestes sont essentiels dans la vie de tous les jours mais ne sont pas innés, ils ont été appris, l’écriture par exemple. Nous ne naissons pas avec la maîtrise de la calligraphie mais apprendre à dessiner, à colorier est un apprentissage en soi, qui permet ensuite de produire des lettres,
comme la boucle du « l » ou celles de la lettre « f ». D’autres mouvements sont travaillés, le plus souvent sous forme ludique évidemment, pour mieux connaître son corps, et ses possibilités, améliorer son équilibre, connaître ses limites quand on veut sauter d’un tapis à l’autre (comme d’un fauteuil à l’autre à la maison par exemple).

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L’affectif

Les colères, l’attachement, les pleurs, les « j’aime pas »… ces comportements sont gérés par les enseignants d’une manière parfois différente de celle des parents et bien entendu complémentaire. Ces apprentissages de la gestion des émotions sont bien sûr en relation avec la socialisation. Mais la tâche des enseignants ne vise pas que la canalisation des émotions des enfants. Les institutrices et instituteurs maternels vont aussi essayer de savoir si certains comportements affectifs sortant de l’ordinaire ont des origines pénibles ou traumatisantes et ils vont vérifier si l’enfant va, globalement, bien.

Pour terminer sur le plan affectif, les enfants vont se livrer à des activités différentes de ce qu’ils peuvent vivre à domicile. Cette diversité d’activités, mais aussi de conditions de vie, de jouets, de jeux, de matériel en général va les amener à aimer des choses et des situations qu’ils ne connaissaient pas … et donc ne pouvaient pas encore apprécier…

Le cognitif

Le cognitif, qui représente le plus souvent ce que l’on mémorise et que l’on pourra réutiliser, représente encore une part importante du travail effectué en maternelle. On y développe par exemple la latéralité ou le schéma corporel (la gauche / la droite, au-dessus / en dessous, à côté, près / loin, etc.) Ces notions sont indispensables avant de pouvoir accéder aux mesures de distances, lire une mesure ou une légende, estimer la longueur d’un voyage…

Le social

La socialisation passe par des savoir-faire sociaux. Par exemple les enfants apprennent à s’écouter, à demander la parole, à ne pas régler les disputes par la violence, à reconnaître l’autre comme un égal et à ne pas entériner des idées parfois transmises par la famille sur le fait que certains élèves sont moins bien que les autres et « qu’il ne faut pas jouer avec eux ».

L’école maternelle vise donc des objectifs indispensables pour chaque enfant mais aussi pour eux tous, afin que chaque enfant apprenne sur lui, apprenne pour lui mais aussi pour l’ensemble des enfants, pour vivre avec les autres dans de bonnes conditions.

Des missions à l’action : l’utilité de l’école primaire

À l’école primaire, sur la base de tout ce travail effectué à l’école maternelle, les objectifs sont plus cognitifs.

Bien sûr l’affectif, le social ou le (psycho)moteur ont une place dans les classes. Les enseignants du primaire ont aussi la tâche d’encourager chaque enfant, de veiller à ce qu’il se développe dans sa globalité, harmonieusement et plus généralement qu’il soit heureux.

Toutefois l’organisation de notre système d’enseignement exige que les apprentissages cognitifs prennent une plus grande place en primaire.

Bien des connaissances et compétences sont indispensables dans la vie de tous les jours, mais en primaire la sélection s’est avant tout orientée sur la lecture, l’écriture, le calcul et des notions indispensables en sciences, pour poursuivre sa scolarité dans le secondaire.

Le langage est le point commun de presque tous les enseignements que les enfants vont vivre. L’importance de bien maîtriser la langue devient évidente puisque sans elle toutes les autres actions d’enseignement seraient tronquées, biaisées… et cela quelle que soit la matière que l’instituteur veut enseigner.

Concernant les mathématiques, c’est une matière à la fois compliquée et hiérarchisée, son apprentissage doit donc idéalement commencer tôt et se faire de manière continue. Il existe un découpage des mathématiques que nous aborderons dans la partie portant sur les contenus enseignés à l’école.

Enfin l’école ne peut se résumer à ces deux matières aussi importantes soient-elles. C’est pourquoi une foule d’activités et de leçons existent pour développer des connaissances et compétences dans des domaines aussi divers que le code de la route, la géographie, l’histoire, la sécurité domestique, … Toutes ces disciplines qui permettent à l’enfant de mieux comprendre le monde, son milieu et de continuer son développement scolaire.

Ces apprentissages prennent la plupart du temps comme point de départ les vécus de chaque enfant ainsi que leurs connaissances préalables. Tout ce qui a été acquis en maternelle est donc utilisé et trouve logiquement ses prolongements ici.

Le chapitre suivant exprime de manière plus approfondie l’évolution de la vie en classe des années de maternelle à la 6e primaire. La description historique qui amorce ce troisième chapitre permet aussi de comprendre les différences d’organisations et de missions du maternel et du primaire.

 

(Pour aller plus loin : Enseignement.be, le site officiel de la fédération Wallonie-Bruxelles)

 

2. ETNIC (2012) Les indicateurs de l’enseignement 2012. Fédération Wallonie-Bruxelles : AGERS.

 

 

Faut-il mettre ses enfants à l’école maternelle ?

Notre réponse à cette question est claire : oui.

Pourtant, cet enseignement n’est pas obligatoire, les enfants sont encore petits, et même si presque tous y sont inscrits, dans la pratique quotidienne, tout le monde n’y va pas… la question peut donc se poser légitimement.

L’enfant qui va en maternelle apprendra plus vite le fonctionnement de l’école. Les instituteurs et institutrices maternelles dans leurs missions et leurs conditions de travail ont plus de temps pour permettre à l’enfant d’entrer dans la « machine scolaire ». Le fonctionnement est parfois très différent de la maison, mais il en sera ainsi durant de longues années. L’école maternelle va donc permettre à l’enfant de « se faire » à l’école, de manière moins brutale qu’en cas d’arrivée directe à l’école primaire, qui est, elle, plus régentée que la maternelle.
De plus, les activités de maternelle sont utilisées pour les apprentissages de primaire, et si les enfants ne les ont pas vécues, ils accrocheront souvent moins facilement.

En maternelle les enfants vont également vivre des activités différentes et avec des enfants et adultes autres que ceux et celles qu’ils rencontrent à domicile ou chez une gardienne. Cette diversité va permettre à votre fils ou votre fille de connaître bien des nouveautés… et de se faire des copains et copines qui l’accompagneront en primaire ensuite.

Les parents connaissent également mieux l’école et les enseignants. Nous insistons dans ce livre sur l’importance de ces relations sur la réussite des enfants et, de manière indirecte, sur la qualité de vie des enseignants, parents et élèves.

Sur le plan des performances scolaires, les études récentes qui prennent des parcours réels de plusieurs années, montrent que les élèves qui ont fréquenté plus d’un an l’école maternelle ont de meilleurs résultats en primaire, mais aussi en secondaire, que ceux qui ne l’ont pas fréquentée, et cela quelle que soit leur origine socio-économique. Cela ne signifie pas qu’il faille mettre les enfants plus rapidement à l’école (2ans !) mais que ceux qui démarrent leur scolarité à l’école primaire partent avec un handicap pour la réussite.

Et s’il n’est pas propre ?

L’âge moyen de maîtrise des sphincters est 3 à 4 ans. Un enfant totalement propre à 2 ans et ½ est donc assez rare. Qu’ils le soient tous est impossible. La « propreté » comme point de repère pour entrer à l’école a été une « norme », traditionnellement, mais rien n’y oblige. Les écoles concentrent souvent les efforts afin que les classes de 1re et « accueil » bénéficient d’une puéricultrice, par exemple, pour ne pas que l’instituteur se retrouve seul avec 25 enfants à changer ou devant aller sur le petit pot. En cas de doutes, de rumeurs entretenues, allez poser la question dans l’école visée pour votre enfant.

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Oui, mais bon, moi je travaille tous les jours et mes horaires ne sont pas ceux de l’école…

Sur un plan pratique, il est parfois difficile pour les jeunes parents de combiner les horaires de travail et ceux de l’école, ainsi que « l’horaire » de l’enfant lui-même (rythme, soins, attachement affectif…).

Si nous insistons sur l’importance de fréquenter l’école dès les 2 ans et demi, cela ne signifie pas que cette fréquentation doit prendre la forme rigide d’un horaire allant de 8h15 à 15h30 par exemple. Les écoles permettent souvent, voire toujours, un aménagement de la participation des tout-petits. Ainsi votre enfant peut aller à l’école uniquement les matins ou 3 jours par semaine… Discuter avec l’institutrice maternelle ou la direction est utile. Vous aurez des conseils efficaces sur les périodes les plus propices, les meilleurs moments pour que votre enfant participe.

Vous pourrez donc envisager, avec l’école, une entrée en douceur pour votre enfant en bas âge… et pour les jeunes parents également.

 

 

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