Le guide de l’enseignement – 12: Comment garantir que les enseignants sont bons ?

Bien qu’il ne soit pas tenu responsable de ce qui est écrit dans ce chapitre, je tiens à remercier sincèrement Sébastien Delattre pour ses réactions éclairantes et la pertinence de ses conseils.

Dans la partie décrivant l’évolution historique de l’école maternelle et de l’école primaire, on peut comprendre pourquoi les écoles sont différentes. Sans tout reprendre, voici une parenthèse concernant un moment-clef pour tout l’enseignement en Belgique, y compris le secondaire : le pacte scolaire.

Au tout début, l’état à tous les droits,… mais ce n’est pas si simple et ce sera la guerre !

Sous le régime hollandais, il y a une uniformisation de la scolarité parce que celle-ci est soumise au pouvoir de l’État. En 1831 (date de la constitution belge) commence une bagarre entre les catholiques et les non catholiques. À qui revient l’enseignement ? Et doit-on donner cours de religion dans les écoles publiques ? Il s’ensuit deux grosses guerres scolaires qui opposent principalement les intellectuels et les politiciens issus du monde religieux (les prêtres et enseignants issus des ordres) ou catholique (Le PSC-CVP fut longuement au pouvoir), et les autres (enseignants des écoles publiques, libéraux, laïcs, communistes et puis le parti socialiste). Mais les bagarres se font aussi entre les Wallons et les Flamands ou encore la gauche et la droite. L’obligation scolaire renforcera encore les oppositions par la difficulté pour l’État de fournir toutes les écoles nécessaires (pas de bus ou de voitures pour conduire tout ce petit monde à l’école à plusieurs kilomètres…) et de payer les enseignants. L’Église intervient, mais avec une insistance alors sur la forte présence dans les écoles du développement religieux. Comme les guerres touchent les gouvernements, elles vont se marquer par des subventions différentes, des régularisations d’enseignants non diplômés, des excommunications de parents envoyant leurs enfants dans une école publique,… Les tollés sont tellement grands que le gouvernement peut en tomber. Bref, le terme « guerre », bien qu’il n’y ait pas eu de morts, ne sera pas usurpé pour qualifier ces moments.

L’armistice de ces guerres : le pacte scolaire

En 1958, le PACTE SCOLAIRE marque la fin d’une guerre ouverte. Rédigé par les socialistes, démocrates-chrétiens et libéraux, il devient une loi en 1959 et est ancré dans la constitution. Plusieurs décisions sont toujours de grands points en application aujourd’hui :

  • Liberté de choix de l’école par les parents. L’autorité parentale choisit une école pour son enfant.
  • Gratuité de l’école. La FWB finance intégralement l’enseignement de son réseau, tous les autres sont subventionnés et tous les enseignants sont rémunérés par l’état. Cela donne pour exemple, en 2011 qu’un élève de l’enseignement obligatoire coûtait entre 3 100 et 7 100 euros par an à la FWB, qui avait un budget annuel de plus de 6,8 milliards, dont plus de 420 millions pour le redoublement (1).
  • Liberté de culte. Un cours de religion doit être organisé à côté du cours de morale.
  • Pas de nombre limité d’écoles. Si un endroit en a besoin, l’État peut en créer une.
  • Liberté d’enseignement. Les réseaux donnent tous les mêmes diplômes, mais ils choisissent les moyens pour y parvenir sans que la FWB puisse y intervenir.

Nous y voilà : chaque enseignant fait ce qu’il veut !

Une des conséquences majeures de l’organisation de notre système éducatif, du pacte scolaire comme de son évolution historique est la liberté dont jouit chaque enseignant.

L’enseignant est responsable dans sa classe. Il peut y penser et mettre en place son enseignement comme il le veut afin de s’adapter à ses élèves. Les parents pouvant choisir librement l’école, celles-ci se retrouvent avec des regroupements de population. Ainsi certaines écoles sont peuplées, plus que la moyenne, d’élèves pour lesquels la langue française n’est pas maternelle. D’autres regroupent des élèves issus de classes sociales favorisées, dans lesquelles les parents ont d’autres attentes vis-à-vis des enseignants. Cette liberté de l’enseignant, sa nécessaire créativité face à divers publics, et aux différences entre enfants au sein même des classes, voire des groupes formés au sein des classes, doit améliorer la qualité de travail de cet enseignant, et la qualité d’apprentissage des élèves.

L’évolution pédagogique actuelle, surtout socioconstructiviste, insiste sur la prise en compte de l’élève comme première référence, ce qui ajoute à la diversité des pratiques dans les classes.

Chaque école a elle-même une liberté, qu’elle évoque dans son projet d’établissement, qui la distingue d’autres écoles du même réseau. Selon le public, les affinités avec la communauté environnante, le projet du Pouvoir Organisateur et encore l’histoire de cet établissement, les pratiques que l’on y rencontre sont aussi très différentes d’une école à l’autre.

Chaque réseau revendique sa liberté pédagogique, bétonnée dans la constitution, insistant sur ses pratiques philosophiques, mais aussi sur la place laissée aux différentes méthodologies par exemple. Les projets éducatifs et pédagogiques les expriment (2).

Mais est-ce efficace ?

Pour vérifier que ces pratiques sont efficaces, et égalitaires en termes de résultats, la FWB propose plusieurs outils de vérification :

  • la conformité des projets avec le décret missions,
  • les services d’inspection,
  • les évaluations externes.

D’abord dans les textes : les projets éducatifs et pédagogiques doivent correspondre aux missions du décret missions. Et les projets d’établissement correspondre à ces projets, donc aussi à ces missions. Ces documents, premiers à être reçus par les parents via l’école sont très importants. Ne les sous-estimez pas. La Fiche 2, plus loin dans le livre, en explique le contenu et l’utilisation.

Ensuite des services sont chargés d’évaluer cette qualité. Chaque réseau possède ses conseillers pédagogiques qui passent auprès des enseignants jeunes ou plus expérimentés. Leur tâche est axée sur le conseil, l’aide aux enseignants afin que ceux-ci trouvent, avec leur liberté, de meilleurs moyens d’aider les élèves à apprendre.

La FWB, le pouvoir finançant ou subsidiant, possède aussi un service d’inspection qui est chargé de vérifier que les élèves apprennent effectivement ce qui est attendu à leur niveau d’études. En cas de problème, l’école a un délai pour améliorer ses pratiques, et le ou les enseignant(s) ayant reçu une visite sont particulièrement « pressés » de s’améliorer. C’est un peu comme l’AFSCA dans le domaine alimentaire.

Les évaluations externes, certificatives ou non, propres à la FWB ou internationales sont aussi un moyen de contrôler la qualité générale du système éducatif. La FWB reçoit et analyse l’ensemble des résultats pour prendre des décisions structurelles si nécessaire. Mais ces évaluations ont aussi des impacts locaux, dans les écoles.

En effet, les résultats, toujours médiatisés à l’échelle de la FWB, sont connus : chaque école connaît son score et uniquement le sien. Pour les meilleures, celles qui obtiennent des scores largement au-dessus de la moyenne de la FWB, cela donne généralement des procédures de satisfaction, voire de promotion. À l’inverse, c’est le branle-bas de combat chez les plus mal placés, qui risquent de perdre des élèves et des enseignants si les résultats sont diffusés et/ ou perdurent.

La FWB joue la transparence à l’échelle du système, puisque chaque année elle publie des chiffres intéressants sur le niveau de qualité de notre système éducatif. Ces documents annuels, appelés « Indicateurs de l’enseignement » sont disponibles sur le site enseignement.be, à l’adresse suivante : http://www.enseignement.be/index.php?page=0&navi=2264

Enfin, un dernier niveau de contrôle existe : L’autorité parentale qui choisit (ou non) l’école est une sorte de contre-pouvoir, en dernier recours. Si le projet ne plaît pas, qu’un enseignant ne convient pas, les parents peuvent choisir une autre école. Ainsi les parents ont eux aussi une forme de contrôle, via le trottoir devant l’école et le choix d’enlever son enfant en cas d’enseignant incompétent. Sur ce point toutefois, et bien que chaque parent soit, plus que tous les autres acteurs, concerné par la réussite de son enfant, les professionnels ont eux un autre atout qui est leur formation, voire leur expertise.

Ainsi, si le choix de l’école est primordial (voir le partie 6 : comment choisir l’école de mon enfant ?), le choix de changer d’école nécessite plus encore de discussions, rencontres et prise de recul vu les désavantages (perte du réseau amical et de certains repères pour l’enfant) certains par rapport aux avantages espérés, sans certitude, dans l’autre école.
En bref, en FWB, on laisse une immense liberté en classe, mais on centralise l’évaluation de l’efficacité.

 

1. Chiffres issus de la FWB elle-même : ETNIC (2012). Les indicateurs de l’enseignement 2012. FWB : AGERS
2. Voir Fiche 2 : Pourquoi des projets d’établissement, pédagogiques et éducatifs ?

Mais pourquoi les instits ne sont-ils pas tous très bons ?

Ah, voilà encore une question intéressante… D’abord parce que c’est quoi être « bon » ? L’étendue des missions de l’enseignant, la liberté dont il dispose et les attentes des différents parents font qu’il est impossible pour un être humain d’avoir toutes les qualités demandées. Ainsi, une institutrice qui accorde beaucoup d’attention à choyer l’élève et qui aime peu l’école gagnera ses lauriers auprès de cette maman inquiète pour son petit bout’chou qui entre à l’école, mais pourra paraître trop peu axée sur le développement de l’écrit pour ce parent qui y voit passer son 3e et qui aimerait que celui-ci sache déjà bien écrire des lettres en fin de 2e maternelle.

Cet instituteur primaire semblera performant pour ce papa qui voit sa fille réussir son CEB avec plus de 85% mais aura une image décevante auprès de cet autre papa dont le fils ne veut plus aller en classe tellement monsieur crie sur lui…

Ensuite, les enseignants ne sont pas non plus des machines à la régularité exemplaire. Ils ont aussi des jours plus compliqués, des problèmes familiaux, des soucis avec leur voiture, des petits problèmes de santé… qui font que certains jours ils sont moins agréables ou performants. Oseriez-vous dire que dans votre travail ou à la maison, vous êtes toujours au top à tout point de vue ?

Enfin, ils ne sont pas formés à la publicité, à se vendre bien en mettant en avant leurs qualités et en minimisant leurs défauts, comme le ferait un marchand de voitures. Ils ne sont pas plus formés à la rencontre avec les parents. Ils sont donc parfois maladroits dans leur discours, trop pressés ou ne sachant comment expliquer quelque chose de simple pour un professionnel mais inconnu pour un parent. Ainsi, ce que vous savez d’eux est assez honnête, ils se livrent tels qu’ils sont, ce qui peut aussi être une satisfaction.

 

Et si je trouve que l’enseignant pose problème?

Il peut arriver malgré la formation des enseignants, le contrôle au sein de l’établissement et l’inspection que vous rencontriez un instituteur ou une institutrice particulièrement peu efficace, entretenant une relation difficile à vivre avec votre enfant. Vous vous rendez compte que ce dernier n’apprend plus rien ou qu’il vit de plus en plus mal la relation avec l’enseignant, ou les deux… nous vous conseillons la conciliation.

La première des choses à faire est d’aller le rencontrer. Le discours de votre enfant ou votre perception est peut-être tronquée, peut-être attendez-vous bien plus que ce qui est prévu dans un laps de temps trop court. Si malheureusement l’impression se confirme, que faire ? Dites-lui votre inquiétude et profitez de votre passage dans l’école pour en toucher un mot à la direction. Celle-ci est souvent solidaire de son équipe éducative, mais sait que la qualité de l’enseignement est importante pour la survie de son établissement. Elle vous rassurera ou prendra acte de votre demande pour essayer de modifier les choses.

Dans les deux cas cette visite sera bénéfique.

Si après ces deux rencontres, la situation ne s’améliore pas, vous avez plusieurs moyens d’action.

  • L’association de parents est contactée. Peut-être y découvrez-vous l’avis d’autres parents sur cet enseignant et des informations rassurantes. Si ce n’est pas le cas, l’association selon sa relation avec l’équipe éducative, l’importance accordée à votre demande et l’implication de ses membres, va peut-être pouvoir faire évoluer la situation. Cette solution est sans doute celle qui donne le moins de garanties étant donnée la domination des équipes éducatives sur les associations de parents plutôt que l’inverse. De plus les associations de parents n’ont pas vraiment cette mission.
  • Le pouvoir organisateur est contacté (1). C’est là directement s’adresser aux patrons de l’école, le conseil d’administration. Ce sont eux qui se chargent de faire nommer les enseignants, de les engager, d’assurer leur promotion le cas échéant… Ici aussi selon le poids de votre demande dans leurs préoccupations, vous aurez plus de chances d’obtenir du changement.
  • L’inspection est contactée. L’organe de contrôle de la qualité de l’enseignement est donc mis au courant d’un dysfonctionnement. L’inspecteur peut alors agir dans le cadre de son mandat en prenant connaissance de votre avis, puis en faire un rapport à l’inspection générale et donc enclencher une procédure. Toutefois ce processus n’engendrera pas de modifications du jour au lendemain et ne sera pas porté par l’inspecteur sauf si celui-ci découvre une faute grave dans le chef de l’enseignant.
  • Le/la ministre est contacté. Par voie écrite vous lui faites part de vos constats négatifs. Soulignons que cette autorité étant chargée d’une multitude de tâches d’importance, elle ne donnera suite qu’à des cas graves et certainement pas à des plaintes sans fondement, chicaneries ou excès de zèle.

Dans tous les cas, renseignez-vous auprès d’autres parents. Si le problème est propre à votre enfant peut-être que la cause ne vient pas de l’enseignant. Si par contre il est partagé, vous aurez plus de chances de faire entendre vos voix auprès des différentes personnes que vous rencontrerez. N’oubliez pas de communiquer également par écrit. Dans les cas graves, et si vous vous investissez de cette manière c’en est sans doute un, les dossiers pris en compte seront prioritairement les dossiers écrits.

 

1. Les références se trouvent au moins sur les projets éducatifs ou pédagogiques, associés au projet d’établissement, que vous avez reçus en début d’année ou de scolarité. Ils sont toujours disponibles à l’école voire sur son site internet si elle en a un.

Si malheureusement vous ne trouvez aucun soutien, et que la solution tarde à venir, il vous restera le changement d’école (3).

 

3. Voir partie 6 : Comment choisir l’école de mon enfant ?