On a lu pour vous… « Certains profs de religion n’ont pas leur place dans nos écoles »

Le professeur de religion islamique Hicham Abdel Gawad prône l’enseignement d’un islam basé sur la force de l’argument.
Dans son discours du 21 août à l’occasion de la fête de la révolution du Roi et du peuple, le roi du Maroc Mohamed VI a fermement condamné les actes terroristes perpétrés au nom de l’islam, appelant les Marocains à cultiver un islam de la liberté, de la tolérance et de la paix.

Dans son livre préfacé par le célèbre islamologue Rachid Benzine – fraîchement nommé par le gouvernement français conseiller pour la création de l’institut d’islamologie -, le professeur de religion musulmane dans une école publique de Forest, Hicham Abdel Gawad ne dit pas autre chose. Il va plus loin même, prônant un enseignement de l’islam basé sur la raison, la science et la force de l’argument. « Déconstruire le Coran pour mieux le reconstruire », explique-t-il dans Les questions que se posent les jeunes sur l’islam.

Sans le vouloir, cet ancien salafiste français, aujourd’hui porte-voix d’un islam des lumières ancré dans un monde moderne et européen, à mille lieues de certaines sourates écrites au 7e siècle présentes dans le programme de cours de religion islamique et offrant toutes les interprétations.

Encore distribué par l’Exécutif des musulmans à tous ses professeurs, ce programme vieux de 15 ans et tenant sur une trentaine de pages, Hicham Abdel Gawad le dénonce de toutes ses forces. Ainsi, l’une d’entre elles (page 23 dans le programme) évoque le miracle coranique.

Interprétées littéralement, d’autres sourates – comme celle des fraudeurs désignant les chrétiens et les juifs – développent carrément les thèses salafistes. « Mal interprétée, cette sourate peut faire croire que les égarés sont les chrétiens et les gens qui subissent la colère de Dieu sont les juifs. Les fraudeurs, ce sont les tricheurs, c’est tout. Si on dit que ce sont les chrétiens, il y a un gros problème », pointe le professeur.

« En réalité, les professeurs de religion islamique font un peu ce qu’ils peuvent. Certes, ça change avec la nomination du nouveau président de l’Exécutif des musulmans (lire ci-contre, NdlR) mais nous ne sommes pas à l’abri de dérives. Ainsi, des élèves m’ont déjà demandé si c’était vrai que les juifs et les chrétiens allaient en enfer… C’est leur ancien professeur qui leur avait mis ça dans le crâne. »

Ces errements ne sont pas l’apanage des cours de religion islamique mais, dans le contexte actuel, ils sont inacceptables. « Ces professeurs-là n’ont plus leur place dans une école en Belgique », martèle-t-il.

Lui prône la force de l’argument. « Je suis assez optimiste car nos élèves sont bien plus attentifs à la qualité de l’argument. Nous sommes en train de passer d’un discours où l’argument d’autorité faisait la loi à un univers où l’argument scientifique commence à prendre le dessus. Il ne faut surtout pas rater ce train-là. Mettre les Abu blabla et les Abu pouêtpouêt à la retraite afin de remettre le Coran dans son contexte. »

D’après Hicham Abdel Gawad, la relève est prête à relever le défi d’un islam de la raison. Reste à l’Exécutif des musulmans de Belgique à embrayer…

« Le nouveau programme est presque prêt »
Le président de l’Exécutif des musulmans Salah Echallaoui est parfaitement conscient de la faiblesse du programme de religion islamique distribué aux professeurs depuis de nombreuses années. « Nous avons élaboré un nouveau cours mais avec la réforme des cours de citoyenneté, nous devons le modeler pour qu’il tienne sur une heure par semaine au lieu de deux heures », explique-t-il. « Nous sommes même allés au-delà des prescrits de la Communauté française. » Une petite révolution qui aborde le questionnement philosophique, l’éducation à la citoyenneté, l’éducation sexuelle, etc. « Comme M. Gawad, je lutte contre le concordisme et le créationnisme. Il est nécessaire de déconstruire le discours radical dans les écoles. Il n’est pas question d’aller dans ce sens-là ni même de dénoncer la théorie de l’évolution. »

Ce nouveau cours vise à séparer le registre de la foi et le registre de la science. Le cours est quasi prêt. « Il sera distribué aux professeurs dans le courant de cette année scolaire », détaille Salah Echallaoui sans donner de date plus précise. « Toujours est-il que notre objectif n’est pas de former à la foi mais d’interroger à la foi. De former des esprits critiques, d’argumenter, de prendre de la distance, d’interroger les textes… Oui, je n’exclus pas qu’il y ait des enseignants qui restent conservateurs mais c’est la même chose dans toutes les disciplines… »

 

Source: www.dhnet.be

M. L.

Publié le mardi 06 septembre 2016 à 06h17 – Mis à jour le mardi 06 septembre 2016 à 06h23