Cyber-help : une révolution montoise dans la lutte contre le cyberharcèlement

Cyber-help : une révolution montoise dans la lutte contre le harcèlement scolaire

Ils s’appellent Ilona, Marie, Damien, Johanna, Jonathan, Ioan et Mouad. Ils sont élèves en 5e et 6e secondaire à l’IESPP de Mons. Ils sont « cybercitoyens » pour la troisième année consécutive. Ensemble, avec l’aide précieuse de leurs professeurs et directeur, ils participent activement au projet Cyber-help lancé il y a plusieurs années par la ville de Mons, en collaboration avec l’UMons.

Qui sont ces jeunes ? Dans quel projet s’investissent-ils ? Quelles actions mènent-ils ?

Rencontre avec une équipe dynamique et investie.

Un projet innovant et adapté à la demande

Ce lundi 14 octobre, dans le cadre de la semaine du bien-être à l’école, l’Athénée d’Ouffet recevait l’influenceur belge Simon Herck pour aborder, en toute intimité, le délicat sujet du cyberharcèlement.

Si la problématique est on ne peut plus d’actualité, elle n’est cependant pas récente et préoccupe les autorités et établissements scolaires belges depuis de nombreuses années.

À Mons, les autorités de la ville s’attaquent au problème depuis 2015. Cette année-là, une étude menée dans 53 écoles de Wallonie révélait que plus de 17% des jeunes interrogés avouaient avoir été ou être victimes de violences physiques ou verbales de la part de leurs condisciples. Plus grave encore, c’est plus d’un élève sur 20 qui reconnaissait se sentir harcelé. Un constat alarmant.

Une question s’est alors posée tout naturellement au sein des pouvoirs politiques : comment lutter efficacement contre le harcèlement ? Et, surtout, comment agir de manière ciblée et rapide auprès de ces jeunes victimes qui, le plus souvent, redoutent d’en parler ?

Afin de mettre en place des outils concrets, qui répondent à une vraie demande de terrain, Nicolas Martin, alors député wallon à la ville de Mons, s’est adressé au service prévention de la ville pour sonder les écoles. Sur base d’un questionnaire élaboré par l’UMons, ce ne sont pas moins de 1500 élèves, issus de 12 établissements, qui ont été sollicités.

Des pistes de travail intéressantes

Une vraie demande d’instauration de groupes de parole préventifs et « curatifs », un besoin d’identification des dispositifs d’aide aux victimes existants et une volonté d’innovation, tels sont les axes de travail essentiels qui se sont dégagés lors de l’analyse des résultats obtenus.

Chemin faisant, dans un réel souci de proposer aux jeunes un outil fiable, accessible et intuitif pour la jeune génération, l’application Cyber-help est née deux ans plus tard :

Cyber-help répond à un besoin signifié au niveau des réalités locales des écoles de Mons, mais également au besoin de tout jeune de pouvoir bénéficier d’actions de prévention dans son lieu de vie principal et de façon transversale. Il répond à un besoin de prévention d'une conduite à risque qui peut avoir des effets ravageurs sur la santé mentale des jeunes étudiants. À la suite de l’enquête réalisée en 2016 et de la lecture des résultats , il nous avait semblé intéressant d’une part de continuer les actions de prévention sur le terrain et d’autre part de proposer une application dont les objectifs seraient de pouvoir faciliter la mise en place du dispositif de l’UMons sur base d’une simple demande effectuée à partir de l’application. Par ailleurs, nous voulions que cette application contienne un volet informatif, guidant son utilisateur à propos de l’utilisation des TIC et le conseillant sur les manières de se prémunir du cyberharcèlement.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Si l’application constitue un outil de dialogue particulièrement précieux, et fonctionne comme une plateforme d’aide en cas de faits de harcèlement, elle ne constitue néanmoins qu’un maillon de la chaîne du dispositif Cyber-help mis en place et adapté librement dans les établissements scolaires.

  • La mise en place d’un conseil de discipline, selon la gravité des faits.
  • La formation d’enseignants référents à l’écoute active et à la gestion de phénomènes de harcèlement.
  • La formation de « cybercitoyens », des élèves volontaires formés pour devenir des personnes relais et ressources pour leurs camarades.
  • Des animations de prévention organisées dans les écoles par le service prévention de la ville et InforJeunes.
Des cybercitoyens au top à l'IESPP de Mons

Lancée il y a près de trois ans, l’application Cyber-help est aujourd’hui testée dans trois écoles pilotes : l’IESPP, les Ursulines et l’Athénée Royal de Mons.

À l’IESPP, on ne fait pas les choses à moitié ! En réaction à une violente bagarre que le corps professoral n’avait pu anticiper, l’école, soucieuse de ne plus être confrontée à de telles situations, a posé sa candidature pour la période d’essai de l’application et multiplie depuis lors les actions auprès de ses élèves.

Sous l’égide de Jérôme Caudron, sous-directeur de l’établissement, et de Nadège Vandamme-Cailleaux, professeure référente, Ilona, Marie, Damien, Johanna, Jonathan, Ioan et Mouad ont décidé de s’investir corps et âme dans le projet Cyber-help et de devenir des « cybercitoyens ».

Arborant fièrement leur sweatshirt (qui permet ainsi à tout un chacun de les identifier comme personnes de référence en cas de besoin), ces jeunes élèves volontaires endossent le rôle de relais entre les victimes de harcèlement et leurs professeurs. Spécialement formés, ces étudiants sont préparés et capables de réagir de manière adaptée à certains cas de conflit mineur. Au contraire, si le problème semble dépasser leurs compétences en matière de médiation, ils s’en remettent immédiatement à leurs professeurs, assurant ainsi un véritable suivi du traitement du problème.

La prévention des pairs par les pairs est un enjeu crucial du dispositif mis en place. Ce dernier a pour but de mettre les victimes et/ou témoins de harcèlement à l’aise, en confiance, et de leur donner le choix de réagir comme ils le souhaitent, en passant par un prof, par des élèves ou par l’appli. Plusieurs possibilités s’offrent à eux, c’est véritablement un fondement du projet.

Ludivine Lemaire, service prévention de la ville de Mons

Particulièrement active et créative depuis ses premiers pas dans le traitement du harcèlement, l’IESPP n’en est en réalité pas à son coup d’essai. Si aujourd’hui, les cybercitoyens proposent des animations dans les classes (même en primaire !), faisant de ce fait naître des vocations chez certains de leurs camarades plus jeunes, les élèves de l’établissement ont déjà mené d’importants travaux autour du harcèlement par le passé. Ainsi sensibilisés, les élèves ont eu pour mission de proposer des animations, sous diverses formes, autour de la thématique. Clip vidéo, court-métrage, mascotte… les étudiants de l’IESPP ont fait preuve d’une imagination débordante, proposant ainsi des projets plus aboutis et originaux les uns que les autres.

Quel avenir pour le projet ?

En phase de test jusque décembre 2019, l’application Cyber-help sera évaluée, notamment grâce à un formulaire à remplir par les utilisateurs, afin de peut-être reconduire et davantage diffuser le dispositif. Le constat est sans appel : le projet Cyber-help rencontre un vif succès, le nombre de téléchargements ayant fortement augmenté cette année. Plus qu’un simple outil, Cyber-help aura quoi qu’il en soit permis aux écoles d’agir, de réagir, et aux jeunes victimes de harcèlement, coutumières des supports numériques, de s’ouvrir et d’oser parler. L’idée étant de toucher les étudiants de manière efficace en allant les chercher là où ils sont, le projet est sans conteste une vraie réussite.

À l’IESPP, les projets de développement de cet encadrement inédit sont nombreux, l’équipe de cybercitoyens est plus motivée que jamais et les candidatures pour prendre la relève se comptent par dizaine. L’avenir s’annonce donc sous les meilleurs auspices. Comme quoi, nos jeunes sont vraiment formidables !

 

Aurielle Marlier